Alter et ego...
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Briser la glace


Dimanche 20 décembre


Je ne prends pas le temps d'écrire aussi souvent que l'envie m'en prends. La lecture du journal intime de ma mère, depuis deux semaines, a pourtant remis en mouvement certaines de mes réflexions latentes, par ailleurs récemment réactivées à l'occasion de mon bilan neuro-psychologique dans ses liens avec l'enfance. Avec pour conséquence un réinvestissement de la sphère émotivo-relationnelle, délaissée depuis quelques années au profit de considérations écologico-sociétales.

Pour l'heure je me recentre donc sur l'intériorité. Et par une drôle de coïncidence, c'est au coeur de cet épisode que s'est dénoué quelque chose dans le lien complexe qui me relie encore à Charlotte, mon ex-épouse.

Charlotte est venue hier chez moi (dans notre ex-maison commune, donc), pour récupérer divers jeux et jouets de nos enfants pour qu'ils servent à la génération suivante, celle de nos petits-enfants communs. Je n'avais pas revu Charlotte de toute l'année, ni n'avais eu de contact d'aucune sorte hormis quelques mots qu'elle m'avait adressé pour mon anniversaire. Un silence particulièrement long, dépassant largement tout ce qui avait été jusque-là.

Comment le vivais-je ? Avec indifférence, pourrais-je dire, exprimant là ma façon d'accepter ce qui est : « c'est comme ça ». Je n'allais pas chercher beaucoup plus loin. Par contre la prolongation de cette situation me faisait envisager toute éventuelle rencontre future comme pénible et, pour tout dire, non souhaitée. C'est simple : je n'avais pas envie de la revoir. Cette perspective me mettait mal à l'aise, suscitant un trouble, une gêne. D'un autre coté j'envisageais vaguement de lui écrire, pour lui exprimer... quoi ? Peut-être ma tristesse de voir à quel point notre relation s'est dissoute dans un néant qui, finalement, m'était amer.

Alors quand Charlotte m'a envoyé son message... il m'a fallu quelques heures accepter de la revoir. Je crois que j'avais envie de saisir cette opportunité de, peut-être, pouvoir échanger quelques mots au delà de la banalité d'une rencontre utilitaire entre grands-parents.

Covid et règles sanitaires obligent, nous n'avons pas eu à nous rapprocher pour nous dire bonjour. Quelques phrases polies et distantes ont vite mené vers l'essentiel : la recherche des jouets. Là les échanges se sont un peu assouplis, consacrés à l'objet de cette rencontre. En trente minutes tout était prêt, mis en sacs... et nous avons glissé vers des considérations plus personnelles : le travail, les visites des petits-enfants, les vacances...

La conversation s'étirait et j'ai invité Charlotte à s'asseoir sur un canapé, m'installant dans un autre à bonne distance. Et puis là, peu à peu, une certaine aisance conversationnelle a pris place. Jusqu'à ce que Charlotte s'enhardisse et me demande, l'air réjoui, « alors, comme ça tu as une copine ? ». Mes enfants avaient vendu la mêche, c'est certain. D'ailleurs ces deux femmes s'étaient brièvement croisées un été, sur ma terrasse, sans que je ne les présente l'une à l'autre. Charlotte s'en souvenait et se demandait pourquoi je ne l'avais pas fait. « C'est que... ce n'est pas vraiment une "copine" comme on l'entend généralement, lui ai-je répondu. C'est un peu compliqué à expliquer. Moi je me considère comme célibataire, bien que cette "copine" me voit comme son compagnon ». Je ne suis pas entré dans les détails d'une situation qui est pour moi claire mais que je sais difficile à comprendre pour la plupart des gens. J'ai quand même ajouté que je n'avais plus été amoureux depuis... (geste vague indiquant le lointain).

Je ne sais plus comment Charlotte en est venue à me poser cette question sous forme affirmative : « bon, tu as quand même fait le deuil de notre relation ».
« Euh... comment dire... c'est plus nuancé que ça. Je n'ai pas fait le deuil de la relation d'amitié que j'avais avec toi. Oui, bien sûr, notre relation de couple n'existe plus, mais la perte de l'amitié, je n'en suis pas guéri ». J'ai alors évoqué ce jour où, lui ayant proposé que nous prenions le temps de discuter, elle m'avait répondu qu'elle ne le souhaitait pas, redoutant que j'aie à son égard des paroles déplaisantes. Je m'étais alors immédiatement reculé, ne voulant absolument pas insister.
Depuis ce jour, très profondément atteint par cette expression manifeste d'une méfiance à mon égard, je n'ai plus jamais tenté la moindre approche, laissant à Charlotte la liberté de venir vers moi si elle le souhaitait. Et de fait, au fil des ans, notre lien s'est effiloché et je n'ai jamais tenté de "forcer" quoi que ce soit. Il y a quelques mois je n'ai même pas su quoi lui écrire le jour de son anniversaire, ne pouvant me résoudre à la brève formule rituelle mais ne me voyant pas tenter d'y ajouter une once d'affection qui aurait pu laisser paraître mon attachement. Feindre l'oubli plutôt que laisser transparaître une sensibilité qui aurait pu m'être renvoyée comme aveu de faiblesse ou de sentimentalisme anachronique.

Hier nous avons pu nous expliquer sur cette apparente "indifférence" et, ayant levé le doute sur ce point, ayant compris qu'elle y attachait de l'importance, je l'ai assurée que désormais je saurai à quoi m'en tenir et n'avais plus de raison de retenir mes intentions.

Finalement nous avons beaucoup parlé, revenant sur l'origine de notre rencontre, ce qui avait pu bloquer à certains moments. J'ai beaucoup écouté Charlotte, y compris dans l'expression des blessures que j'ai pu lui causer, sans jamais nier ses ressentis. Elle m'a fait part de la "pression" qu'elle avait ressentie de la part de ce jeune homme de 19 ans qui lui parlait déjà mariage alors qu'elle refusait cette aliénation. Elle avait besoin de s'amanciper du carcan familial et je lui demandais déjà un engagement sur le long terme. Elle m'a parlé des sacrifices qu'elle à fait pour que je m'épanouisse alors que mes choix de vie n'étaient pas les siens.

Nous avons convenu qu'à 19 ans nous étions bien jeunes et porteurs d'héritages éducationnels qui ont déterminé nos rapports à l'autre, à nos projets, à nos existences.

Au fil de la conversation, qui est partie dans plusieurs directions, Charlotte m'a demandé si j'avais encore des nouvelles de "mon amie québecoise". Non, plus rien. Charlotte m'a alors déclaré que, finalement, cette autre relation lui avait donné un « prétexte » pour mettre fin à notre relation conjugale, dans laquelle elle ne s'épanouissait plus. Cette hypothèse avait ma faveur depuis longtemps mais cela m'a fait du bien qu'elle la confirme spontanément. Nous avons aussi parlé de la différence de nos besoins en matière d'échanges intellectuels, Charlotte reconnaissant ne pas avoir la même soif que moi. D'un autre côté son besoin de relations sociales était peu compatible avec mon besoin de tranquillité, voire de solitude.

Au final nous avons parlé près de deux heures, nous écoutant, nous respectant... et rétablissant (enfin) le contact après des années de distance. Charlotte m'expliqua qu'elle avait eu besoin de ce temps pour se reconstruire, me signifiant que j'avais été nuisible à cet égard. Ce que j'ai reconnu sans difficultés, ayant pris conscience du pouvoir d'emprise que l'un avait pu avoir sur l'autre. J'ai quand même glissé discrètement que moi aussi j'avais eu à me reconstruire après l'avoir côtoyée...

Nous avons convenu que notre vie commune, si elle avait été riche, nous avait demandé beaucoup d'énergie en discussions pour faire en sorte de trouver notre équilibre ensemble. Je crois que ni l'un ni l'autre n'a de regrets d'avoir mis fin à cette vie conjugale... finalement pas suffisamment épanouissante, ni pour l'un ni pour l'autre. Je suis heureux que nous ayons pu retrouver une confiance réciproque (prudente, certes, mais bien là) et ai remercié Charlotte d'avoir ainsi "brisé la glace".






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