Alter et ego...
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Effroi




Samedi 21 mai 2022


« Vous avez répondu entre janvier et mars 2022 à un questionnaire en ligne intitulé « Crise écologique et manifestations psychologiques ». L’objectif de notre projet est de mieux comprendre les enjeux psychologiques de la menace posée par la crise environnementale. Nous vous remercions pour votre participation à cette étude et souhaitons vous proposer de continuer à participer au projet. » 

Voici l'entrée en matière d'un message reçu il y a quelques semaines. Il se poursuit ainsi :
« Nous vivons dans une période de prise de conscience croissante de la crise écologique. De l’anxiété, de la tristesse, du désespoir, un sentiment de solitude ou encore un manque de motivation dans la vie quotidienne peuvent être liés à cette prise de conscience. Ces souffrances psychiques ne sont pas anodines et c’est la raison pour laquelle nous souhaitons les étudier davantage et aider les personnes qui les ressentent. »

La notion de "souffrance" m'a d'abord fait penser que je ne me sentais pas vraiment concerné, étant plutôt à l'aise avec l'état du monde et la façon dont cela m'affecte. Toutefois, l'idée de contribuer à une étude sur un sujet qui m'intéresse depuis plusieurs années m'a motivé.

« Je suis psychologue clinicienne et doctorante au laboratoire xxx où je mène ma thèse sur la crise environnementale et la santé mentale, sous la direction de xxx. Le but de ma recherche est de s’inscrire au plus près de ce que vivent les individus. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de proposer des consultations pour accompagner les individus qui souffrent de leurs préoccupations environnementales. »


Consulter, je l'envisageais depuis quelques temps déjà en constatant à quel point les préoccupations environnementales mobilisent mes pensées. D'ici à prendre un rendez-vous... il y avait encore un grand pas à franchir avant qu'un jour, éventuellement, je me lance.


« Ces entretiens auront pour objectif d’ouvrir un espace de parole. Ils pourront vous permettre de poser des mots sur ce que vous ressentez, de vous sentir compris et de ne plus vous sentir seul face à cela. Les entretiens auront lieu à distance, par visioconférence. Nous vous proposons de participer à 5 entretiens hebdomadaires de 45 minutes, qui pourront être renouvelables une fois. 


Dans le cadre de la recherche, votre participation à ces consultations pourra nous permettre de mieux comprendre ce qu’il se passe pour les personnes qui souffrent de leurs préoccupations environnementales. Cela nous aidera également, par la suite, à comprendre comment mieux aider et accompagner ces personnes. »



Je crois que c'est avant tout l'idée d'« aider à comprendre » qui m'a poussé à répondre favorablement. Et si, de surcroît, je pouvais y trouver quelque chose de bénéfique pour moi ce serait très bien.

C'est donc l'esprit serein et teinté de curiosité que j'ai entrepris la première séance. En fait j'avais envie d'explorer un peu ce que pouvait contenir le mot "effroi", qui m'était venu le jour où, face à une jeune femme expérimentée dans l'écoute, je m'étais senti suffisamment en confiance pour parler de mes ressentis profonds face aux crises environnementales.

Effroi. Le mot était fort. Il m'indiquait un potentiel maintenu volontairement caché. Je sentais bien que si je grattais, je trouverais quelque chose. Encore fallait-il les conditions nécessaires pour que puisse y plonger.

Et ça n'a pas loupé : en narrant des bribes de mon existence, en vue d'établir des liens avec mon rapport au monde, j'ai vu se dessiner les origines de celui que je suis.

Il y a d'abord un rapport au passé antérieur à mon existence, avec une sensation de bonheur perdu. Cela en ligne directe avec des photos prises par mon grand-père il y a un siècle, que j'avais longuement observées alors que j'étais jeune adolescent. J'y trouvais un ancrage en reconnaissant divers paysages qui m'étaient contemporains (dans les années 70). Mêmes lieux mais profondément transformés, déjà, par la modernité laide et l'envahissement automobile.

Bouleversé, ému aux larmes en décrivant cette perception ancienne à la jeune psychologue, j'ai instantanément compris que se jouait là quelque chose de fort, donc d'important dans ma construction mentale (ou émotionnelle ?). Le passé m'importe. Plus que cela : le bonheur passé m'importe. Il semble que je projette sur les photos de paysages bucoliques du passé un état d'esprit, un art de vivre, un rapport à l'existence qui me paraît heureux. C'est comme si j'avais vu dans ces photos la représentation d'un monde perdu, dont je serais nostalgique sans même l'avoir connu. Et je serais resté porteur de la tristesse de savoir tout cela englouti dans la modernité. Tristesse qui se serait, en quelque sorte, ravivée dans la période actuelle en prenant conscience  que le monde court à sa perte. Ou du moins qu'il sera exploité, donc détruit, sans retenue ni vergogne.

Profonde tristesse.
* * *



2eme séance hier. Après avoir brièvement restitué la fin de l'entretien précédent j'ai évoqué mon rapport au temps, à la mémoire, à la transmission. Et tout naturellement j'en suis venu à parler de mes écrits personnels. Puis de ma désaffection de ce processus de narration autobiographique. Cela en lien, sans doute, avec ma perception du futur, que j'imagine peu propice à l'écriture-lecture. Non seulement parce que les possibilités matérielles d'accéder aux fichiers numériques pourraient être difficiles (ou impossibles), mais aussi parce que chacun pourrait avoir d'autres préoccupations, nettement plus fondamentales dans une existence que j'imagine moins portée à l'introspection.

J'ai pas mal digressé en décrivant mon entrée en écriture, telle que je l'ai décrite au début de ce journal. J'ai ensuite suivi la piste abordant les tribulations relationnelles et sentimentales que ce journal décrit par le menu. De ce fait je me suis largement éloigné du thème de l'étude... mais les associations d'idées ont tout leur sens dans un travail exploratoire de ce genre, me semble t-il.

J'ai terminé la séance autour des éternelles questions du "pour quoi et pour qui écris-je ?". Avec la notion de transmission, de témoignage, voire de patrimoine autobiographique. Des réflexions qui me travaillent à faible intensité depuis que, précisément, je n'écris presque plus. Pourquoi n'écris-je plus ? Pourquoi ne ressens-je plus l'intérêt de transmettre, de témoigner, d'analyser ? Est-ce parce que je n'en aurais plus besoin... ou parce que cela pourrait disparaître ? Ou témoigner, dans le futur, d'un passé révolu ?

Me sont alors apparues des analogies entre le bonheur perdu d'il y a un siècle et la perception du présent de 2022 que nous pourrions avoir dans quelques décennies. Ne verrons nous pas les années 2020 comme des temps heureux et d'insouciance ?

Heureux, insouciance, sérénité... autant d'états existentiels dont, précisément, j'ai cherché à me rapprocher et largement atteint. Et qu'aujourd'hui je sens menacés à très grande échelle.

Profonde douleur.






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