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| Août 2009 | |||||
Dernière mise à jour: |
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En maintenant une prudence affective dans mes relations intimes récentes je me suis aménagé un espace tampon qui me permet d'absorber les variations qui, autrefois, faisaient entrer en résonance mes sensibilités avec celles des personnes proches. C'est ce qui me permet de rester calme et serein aujourd'hui, dans un état de bien-être qui me plaît.
Je me doute bien que d'aucuns peuvent estimer que cette recherche de la paix intérieure m'éloigne de la vie. Cependant je crois fermement que c'est en aménageant cet espace de neutralité que je puis être au plus près de ce qui cherche à naître en moi : être ce que je suis.
Ça peut sembler bête comme formule, et pourtant elle est pleine de sens. Être non pas ce que mon conditionnement a fait de moi, mais être celui que je me sens être en profondeur. Cette *naissance de soi* peut-être particulièrement longue mais la durée n'a pas d'importance. C'est la finalité qui compte.
Qu'est-ce qui cherche à naître et n'avait pas vraiment trouvé place ? Quelque chose d'essentiel dans le fonctionnement psychique : le Désir.
J'étais un être mal raccordé à ses désirs. Quelqu'un qui avait appris à fonctionner selon les désirs d'autrui, et notamment en fonction de mes parents, chacun dans leur domaine. Mes désirs propres existaient bel et bien, mais s'étaient nichés dans les espaces disponibles entre ce que j'avais intégré des injonctions parentales, dites ou intégrées par mon imaginaire. Je vivais dans un espace restreint. J'existais dans la pénombre. Je me faufilais dans l'existence vers de parcimonieuses zones de lumière.
Toute ma vie aura été marquée par cette aspiration à aller vers la pleine lumière, m'amenant à progressivement élargir mon champ existentiel. Jusqu'à ce que je rencontre vraiment le Désir. Le désir de vivre selon moi-même.
Je crois que je ne pouvais pas l'éviter. Tôt ou tard j'aurais eu à le conquérir puisque ma liberté d'être en dépendait. C'était l'appel de la vie. La révélation de l'élan vital.
Après quelques tentatives, assorties de peurs qui m'avaient fait reculer, j'ai un jour rencontré la personne grâce à qui cette naissance allait être possible. Elle représentait pour moi le symbole d'une libération atteignable. Le choc de la révélation a été immédiat. Une succession d'étapes étalées sur des années allait me mener vers cette libération essentielle et nécessaire : celle du Désir.
Parce que c'était elle, j'allais trouver en moi les ressources et la ténacité indispensables pour surmonter et dépasser mes limites antérieures. Elle avait employé les mots qu'il me fallait lire et entendre, elle m'amenait vers moi. Avec elle j'avais trouvé ma voie. Avec elle j'avais la force de la suivre.
Ce journal au long cours est le témoin de mes élans éblouis autant que de mes sombres difficultés à suivre ce chemin, qui s'avéra finalement être bien plus ardu, long et complexe que ce que j'aurais pu imaginer. Mais par cela même infiniment plus constructeur de ce moi qui cherchait à naître. On ne naît pas dans la douceur...
Les centaines de pages qui ont tenté de décrire un processus d'émancipation et en ont été les acteurs à part entière sont cependant passés à côté de l'essentiel. Le sens réel de ce qui opérait c'est tout simplement la venue au jour du Désir.
J'ai exploré en tous sens ce que je ressentais, bien souvent totalement dépassé par des affects frustes, des blessures ravivées, des espoirs myrifiques et surdimentionnés. Mon imaginaire s'est libéré, pas toujours pour le meilleur. Mais qu'importe : j'ai appris à me connaître et à sentir ce qui m'animait. Le lumineux comme le sombre.
Il en est ressorti une clarification de mes désirs. Celui, très fort, de tendre vers cette liberté d'être moi. Celui, inverse, de sortir de mes propres dépendances. Je me suis recentré sur ce qui m'était primordial, privilégiant une certaine solitude qui, d'abord subie, s'est révélée être absolument nécessaire. Choisie. Je veille désormais jalousement à ce qu'elle ne soit pas envahie par trop de présence autre. J'ai souvent besoin d'être seul, de me sentir être sans trop d'influence venant de qui que ce soit. Mais j'ai aussi besoin d'être en relation, parce que sans l'autre je tournerais en rond sur moi-même. Je crois que j'ai aussi besoin de... donner quelque chose de moi. Partager, échanger, offrir un peu de ce que je découvre et me nourrir aussi de ce que les autres sont. Ma solitude n'est pas solitaire. Je ne me suis jamais senti autant relié aux autres.
Je parle de ce cheminement avec aisance, aujourd'hui, sachant à quel point ces années de recentrement m'auront été utiles. Mais je me souviens aussi avec quelle résistance j'ai d'abord, et longtemps, refusé de m'éloigner de celle par qui j'avais ouvert les portes de ma libération...
Avec le recul, j'en viens à penser que cette traversée du désert aura été un indispensable élément de ma démarche d'émancipation. Si les débuts de la rencontre ont été à la fois une extraordinaire source de motivation et réserve d'énergie, l'éloignement aura joué un rôle majeur dont je mesure sans doute encore mal les bienfaits. Sans cet éloignement je serais resté dépendant. Donc absolument pas libre de vivre selon mes désirs !
Or c'était bien ma quête inconsciente. La vie, comme toujours, s'est chargée de me remettre face à l'essentiel. Il fallait que je me construise seul et apprenne à ne dépendre de personne.
Ce qu'aujourd'hui j'ai compris c'est que si j'avais bien découvert la puissance de mon Désir grâce à celle qui le suscitait, elle n'était pas pour autant à voir comme incarnation de mon désir. Indiscutablement une révélatrice de premier ordre, mais seulement pour la part qui était partageable. En la voyant s'éloigner, elle avec qui était apparu mon Désir et les possibilités qu'il porte, je ne perdais pas ce que j'avais découvert mais seulement la part de ce Désir investi sur elle.
Mes années de reconstruction, réflexion et écriture basées sur cette expérience, m'ont fait traverser toute la diversité possible d'émotions et m'ont permis de parvenir, sans m'en rendre compte, à ce constat aussi simple que fondamental : mon Désir et le désir que j'avais pour elle étaient distincts.
J'avais confondu les deux et la perte d'une partie m'avait fait croire que je perdais tout. Je croyais que cette aspiration à vivre m'échappait à peine découverte. D'où mon intense frustration, ma déception, mon anéantissement et ma révolte.
Discerner le désir du Désir, ce qui est placé sur l'autre et ce qui vient des profondeurs de soi, est probablement ce qui me donne aujourd'hui une certaine assurance... que je préserve soigneusement en restant en contact étroit avec mes ressentis. C'est pour cela que mon indépendance me plaît.
Suite : septembre 2009